75% de la pollution marine est d'origine continentale
On estime que 75% de la pollution marine est d'origine continentale et souvent liée à des activités quotidiennes et non à des déversements d'hydrocarbures. Les réseaux fluviaux comme ceux du Rhin ou du Danube amènent à la mer des milliers de produits chimiques. Le déversement des eaux usées entraîne la présence, dans la mer littorale, d'une quantité excessive de nutriments qui favorise la prolifération et la décomposition rapide des algues. L'eau étant alors privée d'oxygène, on constate la mort des poissons et des autres formes de vie marine.
La plus récente édition de l'Etat de l'environnement du PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement) contient quelques constats alarmants :
- quelque 70% des déchets déversés dans le Pacifique ne reçoivent aucune forme de traitement préalable.
- de grandes quantités de polluants agricoles, et autres, sont rejetées dans les cours d'eau qui se jettent dans la mer des Caraïbes, ce qui provoque une forte pollution par les nitrates, les phosphates et les pesticides.
- quelque 1,2 million de barils de pétrole sont déversés chaque année dans le golfe Persique.
Eléments extraits du dossier de presse "Planète Océan", réalisé par la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) et l'Unesco, pour l'année des océans.
Le long voyage des polluants organiques persistants
En amont, les activités agricoles peuvent entraîner des écoulements de pesticides et d'engrais (les polluants organiques persistants ou POP), qui finissent dans l'océan. Les courants et les vents transportent ces polluants sur des milliers de kilomètres. L'Antarctique est ainsi touché par des polluants venus de l'autre bout du monde. Des quantités anormalement élevées de certains de ces produits chimiques auraient même été retrouvées dans le corps d'Inuits, dont l'alimentation est riche en graisses d'animaux marins, là où s'accumulent les POP.
Eléments extraits du dossier de presse "Planète Océan", réalisé par la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) et l'Unesco, pour l'année des océans.
Contaminants chimiques : la pollution invisible
Les littoraux sont le réceptacle des pollutions continentales, drainées par le lit des rivières, et charriant aussi bien des pesticides et des nitrates d'origine agricole, que des contaminants industriels.
Les nouvelles formes de pollutions chimiques qui apparaissent sur le littoral sont préoccupantes. Au-delà des spectaculaires marées noires et des accidents pétroliers, les contaminants chimiques qui infiltrent le milieu marin sont souvent invisibles à l'œil, et pourtant très dangereux. Leur discrétion leur a valu d'être quelque peu "oubliés" des grandes conventions internationales de protection des mers. L'écotoxicologie analyse les effets des polluants sur le monde vivant et les risques qu'ils génèrent sur la santé. L'étude des polluants chimiques implique, entre autres choses, de connaître leur transformation, c'est-à-dire leur spéciation. A l'issue des analyses, les laboratoires avertissent les autorités compétentes pour qu'elles interdisent la consommation des produits marins de la zone susceptible d'être contaminée, car les polluants chimiques peuvent suivre la chaîne alimentaire jusqu'à l'homme. Les points chauds dans ce domaine : l'épisode de pollution par le cadmium en Gironde a laissé des traces, et l'estuaire est toujours sensible ; la baie d'Arcachon a été il y a quelques années touchée par les polluants issus des peintures anti-salissures ; les côtes du Languedoc-Roussillon, aspergées d'anti-moustique dans les années 60, sont toujours concernées par la pollution au DDT (Dichloro-Diphényl-Trichloréthane, retiré de la vente en 1972) ; enfin, la baie de Seine est atteinte par les PCB (Polychlorobiphényles).
Les crabes pinceaux : invasion du littoral français par une espèce exotique
En l'espace de quatre ans, les crabes pinceaux (Hemigrapsus penicillatus) ont colonisé 800 kilomètres de côte dans le golfe de Gascogne, de la Vendée au pays basque espagnol. Jamais recensé sur le territoire français avant mars 1994 à La Rochelle, ce crustacé est en fait originaire du Nord-Ouest asiatique (Japon, Taïwan). Pour se déplacer sur de si grandes distances, il a embarqué clandestinement sur des bateaux, ses larves se sont laissées porter par les courants marins... On suppose que son territoire pourrait ainsi s'étendre jusqu'aux rives des mers Baltique, Méditerranée et Noire, soit autant de milieux propices au développement des Hemigrapsus penicillatus, espèce opportuniste qui résiste mieux que d'autres aux pollutions.
L'histoire de l'invasion des crabes pinceaux a été découverte par les scientifiques du programme d'inventaire des crustacés de France, programme débuté il y a sept ans sous l'égide du ministère de l'Environnement et du Conseil supérieur de la Pêche. Son objectif est de recenser les espèces présentes en France, de déterminer celles dont les populations diminuent, comme l'araignée de mer, ou celles qui, au contraire, sont en expansion.
Biodiversité menacée sur le littoral Manche/Atlantique : les activités humaines toujours en cause
La pêche à pied, activité traditionnelle lors des grandes marées sur les côtes atlantiques, attire chaque année une foule d'adeptes plus nombreux mais malheureusement moins sensibles aux conséquences de ce passe-temps sur l'écosystème littoral. Elles sont pourtant considérables.
Les pêcheurs de crustacés qui déplacent, sans les remettre à leur place, les rochers de la zone intertidale perturbent l'habitat de multiples espèces : toute une faune fixée d'éponges, d'anémones de mer et de gastéropodes vivant à l'abri sous les blocs, se retrouvent ainsi exposée à la lumière et aux prédateurs tandis que les algues et la faune vivant à la surface des rochers meurent et pourrissent sous les blocs. Cette matière en décomposition profite à quelques espèces opportunistes qui prolifèrent sur toute la côte atlantique, réduisant les originalités faunistiques des différents sites.
Les pêcheurs de bivalves (palourdes, praires...) qui raclent les sédiments sableux dégagés par la marée basse mettent en péril les herbiers de zostères (Zostera marina). Cette plante à fleurs remarquables joue sur le littoral atlantique un rôle sensiblement équivalent aux herbiers de posidonies du littoral méditerranéen. Très sensibles aux diverses pollutions, ces herbiers ont aujourd'hui de plus en plus de mal à se maintenir sur le littoral atlantique.
Avec le soutien de la DIREN Bretagne et dans le cadre des programmes européens Life-Directive Habitat et Man and Biosphère de l'UNESCO, Christian Hily cherche les solutions susceptibles de préserver la biodiversité du littoral des côtes Manche/Atlantique.
La gestion intégrée des zones côtières : un outil pour lutter contre la pollution ?
Le littoral, interface entre la terre et la mer, est un milieu complexe, riche sur le plan écologique, et très convoité. Actuellement, 60% de la population mondiale vit à moins de 60 km des côtes et l'urbanisation littorale risque de s'amplifier, puisqu'on attend 75% de la population mondiale sur les côtes en 2025. Aujourd'hui, les conflits d'usage deviennent inextricables entre les pêcheurs, les entrepreneurs et promoteurs immobiliers, les pouvoirs locaux, les responsables de l'élimination des déchets, du tourisme et de la politique de l'eau. L'absence de coordination entre ces acteurs a déjà causé des dégâts considérables. L'aménagement intégré des zones côtières, mentioné au chapitre 17 de l'agenda 21 adopté à Rio en 1992, veut prendre en compte tous les paramètres terrestres (urbanisation, agriculture, assainissement des eaux, industries, infrastructures...) et marins (pêche, déballastage, protection des écosystèmes marins...) pour protéger le littoral sans nuire aux activités économiques, imposer des réglementations sans nuire à la vie et à la dignité des populations locales, élaborer des programmes d'aide qui soient pilotés au niveau local. Des expériences sont déjà en cours dans une cinquantaine de pays du monde, en Cornouailles, en baie de Wash en Grande-Bretagne et en Mer des Wadden dans le Nord de l'Europe, ou sous l'égide de l'UICN comme en Guinée-Bissau ou en Mauritanie.